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Le magazine de l’investisseur
Décembre 2009
From Horizon Croissance
Les « Nouveaux Riches » ne sont plus les caricatures représe ntées par les médias
Par Stéphane TRU CHI, propos recueillis par Nadège VISSOTSKY
Stéphane TruchiSuite à la crise qui, pour la première fois, a frappé tout le monde y compris les riches, les comportements ont changé. Les nouveaux riches d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec ceux d’il y a quinze ans. Ils sont plus discrets, plus éduqués, ils n’affichent plus leur richesse par respect pour les autres. Les marques devront en tenir compte pour adapter leurs stratégies à cette nouvelle génération de clients, par Stéphane Truchi, Président du Directoire du Groupe IFOP.
Horizon croissance : Pouvez-vous me donner une définition du luxe ?
Stéphane Truchi : Aujourd’hui le luxe s’est segmenté. On est passé d’un luxe « unique », représenté par quelques marques emblématiques et acheté par une clientèle homogène et élitiste, à un luxe pluriel, segmenté en plusieurs niveaux : luxe « access »,, luxe premium, hyper-luxe, ultra-luxe ….Cette nouvelle segmentation a favorisé l’émergence de nouvelles marques et l’arrivée de nouvelles clientèles, notamment dans les pays émergents.
La seconde évolution importante est celle de la fonction du luxe. On est passé du luxe de la possession à un luxe d’expérience, du luxe de la transmission à celui de la jouissance. Du luxe de l’objet au luxe de la personne
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H.C : Vous avez mis en place différents outils dans le domaine du luxe et notamment vous avez lancé un observatoire des « Very Weathly » ou nouveaux millionnaires. Qui est concerné par cet observatoire ? Et quel en est le but ?
S.T. : Il y a un an et demi, avant la crise, le luxe connaissait une période de pleine expansion, Le nombre de personnes très riches progressait de façon spectaculaire. Leur pouvoir aspirationnel était éclatant. Pour permettre à nos clients des secteurs de la joaillerie, de la mode, de la banque, de la finance, de l’automobile, …. de mieux comprendre ces cibles et d’adapter leur stratégie et leur discours de communication, nous avons mis en place un observatoire des HNWI (High Net Worth Indidividuals, soit les personnes disposant de minimum 1M$ d’assets disponibles). Cet observatoire a été riche d’enseignements et d’insights sur les comportements de vie et de consommation de ces clientèles privilégiées du luxe
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H.C : Justement, les pays dits émergents venant du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) voient l’apparition de nouveaux riches avides de marques, d’objets ostentatoires qui les confirment dans leur nouveau statut. Comment analysez-vous ces comportements ?
S.T. : Je ne suis pas d’accord avec vous. Les nouveaux riches des pays émergents ne sont plus les caricatures souvent présentées par les medias, les « bling-bling » ostentatoires. Cette description correspond davantage aux « new money » de la fin du siècle dernier, ceux que l’on trouvait en Russie et en Chine notamment. Aujourd’hui ils représentent une minorité Les nouveaux « nouveaux riches » ressemblent davantage aux riches traditionnels, ceux de la « old money ». Ils viennent de l’entreprenariat. Ils ont pour la plupart voyagé, fait leurs études à l’étranger, parlent plusieurs langues, ont acquis une réelle culture du luxe. C’est une nouvelle clientèle qui a construit sa propre réussite sociale. Ils fuient l’ostentatoire. Ils portent un regard critique voire moqueur sur les caricatures de la « new money ».
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H.C : Le secteur du luxe a subi la crise comme tous les autres secteurs, même si c’est moins vrai en Asie hors Japon. Cela a-t- il modifié les comportements des consommateurs du luxe? Et comment les marques doivent-elles adapter leur stratégie ?
S.T. : Des plus riches aux moins riches tout le monde a été touché par la crise. C’est la première fois que le secteur du prudence dans leurs dépenses. Elles ont également la volonté de reprendre le contrôle de leur consommation. Fini le diktat des marques dominantes, place à un rapport plus équilibré où les marques écoutent et interprètent les aspirations et attentes de leurs clients. Un retour à des valeurs de sens et de respect. Et également un rapport au prix qui a changé : les consommateurs du luxe veulent payer le « juste prix » et ont recours à des démarches de recherche du « bon plan », de « smart shopping » qui imposent aux marques la plus grande vigilance quant à leur stratégie de prix.
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H.C : L’IFOP est une société d’études marketing connue et reconnue. Vous avez développé un secteur luxe, vous êtes présent à l’international. Qu’apporte l’IFOP de plus dans ce domaine par rapport à la concurrence ?
S.T. : Il ne suffit pas de dire que l’on fait des études dans le secteur du luxe pour en être expert. L’Ifop est aujourd’hui l’institut de référence dans le secteur du luxe. Pour cela, nous avons une équipe cent pour cent dédiée au luxe. Nous avons intégré une vision sociologique du luxe. Nous sommes en permanence à l’écoute du secteur. Nous avons un regard sur les tendances, à travers des observatoires, des analyses, des conférences que nous menons sur les enjeux du marché du luxe, qu’il s’agisse des cibles de clientèles, de la distribution, de l’innovation, des régions du monde… C’est vrai qu’il y a une vraie culture du luxe en France qui nous permet sans doute de mieux comprendre cet univers. C’est aussi en France que sont implantés les sièges des plus grands groupes mondiaux du luxe qui sont également nos clients.
Mais au-delà de tout cela, ce qui fait de nous des experts, c’est notre passion et notre goût personnel pour le luxe. Passer un après – midi avenue Montaigne à Paris, Madison Avenue à New York, ou dans le quartier de Ginza à Tokyo c’est pour nous un vrai plaisir.
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H.C : Et demain comment voyez – vous le secteur du luxe ?
S.T. : Il y a un très grand risque de banalisation. Dans les années 1990 on a assisté à une démocratisation du luxe. Les marques étaient dans une logique de chiffre d’affaires, de volume. Elles voulaient élargir leur clientèle, elles se sont internationalisées. Depuis quatre ou cinq ans on assiste au retour des valeurs de base, des fondamentaux. Il faut que les marques retrouvent et réinterprètent leur ADN. Elles doivent contrôler leur distribution et maîtriser leur diffusion. Elles doivent recréer du désir par une certaine inaccessibilité, car c’est l’essence du luxe.
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