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Décembre 2009
From Horizon Croissance
Le Marché du Luxe
Par Isabelle Ardon , propos recueillis par Nadège VISSOTSKY
Isabelle ArdonLe marché du luxe a subi la crise comme les autres secteurs. Cependant les grandes marques tirent mieux leur épingle du jeu que les petites et moyennes sociétés par Isabelle Ardon.
Horizon croissance : Le marché du luxe présente la caractéristique d’être un marché cyclique tout en ayant une croissance structurellement supérieure à celle de l’économie en général- Quelles en sont les raisons ?
Isabelle Ardon : Les raisons sont multiples. Il y a tout d’abord un fort accroissement des gens fortunés (High net worth individuals en Anglais, qui se définit comme les personnes détenant des actifs financiers supérieurs à un million de dollars). De plus la demande pour les produits de luxe provenant des pays émergeants est en forte progression, l’exemple le plus flagrant étant la Chine. On estime que le consommateur chinois, d’ici trois à quatre ans sera le premier consommateur de produits de luxe, devançant les américains, les européens ou les japonais.
Troisième facteur important, à part dans la période récente (2008-2009), l’augmentation des prix des produits de luxe est très régulière et plus rapidement que l’inflation.
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H.C : Comment est segmenté le marché du luxe ?
I.A.. : Le luxe, dans son appellation classique, est segmenté en quatre secteurs :
- La haute couture et le Prêt-à-porter qui représentent environ 32%
- Les Parfum et la cosmétique qui représentent 30%
- Le cuir et les accessoires qui représentent 21%
- Les montres et la bijouterie qui représentent 17%
Dans une appellation plus large, le secteur comprend aussi les vins et spiritueux, l’automobile haut de gamme, les bateaux de plaisance, l’hôtellerie haut de gamme…
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H.C : La place de la France et de l’Europe en terme économique sur ce secteur ? Quelles sont les principales valeurs ou celles en plus forte croissance au niveau mondial?
I.A. : Les plus belles valeurs de luxe sont européennes, avec trois pays leaders : La France, l’Italie et la Suisse, qui ont tous trois su développer un grand savoir faire dans le domaine.
Les marques françaises et européennes sont au premier plan car ce sont des marques connues, qui ont entre 50 et 200 ans d’existence et ont su capitaliser sur ce passé tout en étant innovantes. Ce passé est très important car ilconfère une légitimité à une marque. Il
est très difficile de créer et d’imposer
une marque nouvelle.
Les plus grandes marques sont devenues planétaires, capitalisant sur une communication mondiale et un réseau de boutiques très important. C’est pourquoi ce sont souvent les plus grosses marques qui ont la plus forte croissance, car leur taille leur a permis de s’implanter très tôt à l’étranger. Les exemples les plus typiques sont Louis Vuitton et Hermès dans le cuir ou Rolex et Omega dans les montres.
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H.C : Comment le marché du luxe a- t-il été impacté par la crise ? Quelles sont les différences par sous secteur. ? Quelle influence de la crise sur la consommation par zone géographique (USA, Asie, Europe) ?
I.A. : Géographiquement, la crise a été violente aux Etats-Unis. L’Europe a mieux résisté à parts quelques pays comme l’Espagne, l’Irlande ou l’Europe de l’Est. Le Japon reste très difficile, mais ses difficultés datent d’avant la crise, alors que le reste de l’Asie est très porteur.
L’impact de la crise est également très variable en fonction du mode de distribution. Plus une marque est intégrée, avec son propre réseau de distribution, mieux, à priori, a-t-elle traversé la crise : en effet, gérant elle-même le réseau de stocks dans ses magasins, elle a pu ajuster assez rapidement le niveau de sa production à la demande finale. A l’inverse les marques les moins intégrées verticalement et qui vendent à des grossistes qui, eux-mêmes, vendent à des distributeurs, ont du faire face à des stocks excessifs chez ces derniers qui ont d’ailleurs eu recours à des soldes massives en fin d’année 2008.
Ces problèmes touchent plus particulièrement les montres et le prêt-à-porter alors que le cuir et les accessoires sont plus épargnés. A cela s’est ajouté le problème d’une clientèle russe, très friande de luxe, qui a quasiment disparu, du jour au lendemain.
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H.C : Les grands groupes de luxe ont semble t-il été assez épargné - qu’en est - il des sociétés moyennes et des petites sociétés du secteur.
I.A. : Les sociétés moyennes ont effectivement plus de mal que les grands groupes qui s’en sortent beaucoup mieux. On revient à la problématique de l’exposition aux pays émergeants : Les sociétés de taille moyenne sont assez peu implantées dans les pays émergeants, là où la croissance reste soutenue, alors que les grands groupes génèrent déjà une part conséquente de leur chiffre d’affaires dans ces pays et ont les moyens financiers de continuer à y investir, même en période de crise. Des marques comme Escada ou Lacroix ont des difficultés, souvent d’autant plus importantes qu’elles ont une structure financière fragile.
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H.C : Le marché du private equity, sur ce secteur, souffre- t- il de cette période difficile en terme de levées de fonds ?
I.A. : Le private equity est rentré très tard sur le luxe, globalement au plus haut du marché, mais finalement de façon assez marginale, comparativement à d’autres secteurs d’activités.
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